Isabelle Le Minh – Œuvre en partitions – Question d’interprétations

Isabelle Le Minh – Œuvre en partitions – Question d’interprétations

Episode 6
1:22:54

À propos de ce podcast:

Isabelle Le Minh, ingénieur de formation, diplômée de l’ENSP d’Arles, est une photographe plasticienne, dont la démarche singulière et exigeante consiste à interroger et ré-actualiser tant les dits fondamentaux de l’histoire de la photographie que les usages, les processus, les appareils et les techniques photographiques, mais aussi les œuvres emblématiques d’artistes, qui ont contribué à inscrire la photographie dans le champ de l’art. Son œuvre à la portée conceptuelle et à l’interprétation polysémique a fait l’objet de nombreuses expositions personnelles et collectives dans des lieux emblématiques de la photographie et de l’art contemporain (Mois de la photo Montréal, CPIF Pontault Combault, RIP Arles …) et est présente dans d’importantes collections privées et publiques (DZ Bank, Neuflize OBC , Frac Hauts de France, Dorfman Projects NY…)

Darkroomscapes, after Hiroshi Sugimoto, 2012 | DK93 Épreuve aux sels d’argent sur papier baryté 120x150 cm Epitrope, after Alfred Ehrhardt et livres, 2019 | Vue d’exposition, Goethe Institut, Paris Lointain si proche, After Alighiero e Boettii, 2012 | Camera Body #4, Made in China Ye Jian.
Huile sur toile, 80 x 100 cm
The Yoga Series, after john Baldessari, 2012 | Vue d’exposition, Frac Normandie Rouen, 2017 (Photographie Marc Domage) Formes de vie des formes | 2019
Deux imprimantes jet d’encre A2+, impression pigmentaire sur papier métallique contrecollée
sur une impression UV, 500 x 43 cm
Re-Play, after Christian Marclay, 2009, vue d’exposition, CPIF, 2013
(Photographie Aurélien Mole)
Just an Illusion, after Ed Ruscha 2008
Impression pigmentaire sur papier rag, 95 x 130 cm
Trop tôt, trop tard, after Henri Cartier-Bresson, 2007
Aquila Degli Abrusi, Italie, 1952
Peircing, 2015
Fond de studio de prises de vue, papier peint,
papier photo perforé, environ 250 x 220 cm
Traumachrome, 2019 | Vue d’exposition, Galerie Christophe Gaillard, 2019. Les miroirs qui se souviennent, 2019
Plaques de cuivre polies recouvertes d’argent et perforées sur le modèle de papier à musique pour pianola, 28,5 x 28,5 cm

Quelques pistes pour aller plus loin …

http://www.isabelleleminh.com

Barthes Roland, La chambre claire, note sur la photographie, éd. de l’Etoile, Gallimard, Le Seuil,1980.
Benjamin Walter, L’homme, le langage et la culture, trad. M de Gandillac, éd. Denoël, 1971.
Benjamin Buchloh, « Allégorie et appropriation dans l’art contemporain » (Artforum, n° 21, septembre 1982), dans Essais historiques II, trad. C. Gintz, Villeurbanne, art édition, 1992.
Eco Umberto, Les limites de l’interprétation, trad, M.Bouzaher, éd. Grasset & Fasquelle, 1992.
Flusser Vilém, Pour une philosophie de la photographie, trad. J.Mouchard, Circé.,1996.
Moholy-Nagy Laszlo, Peinture Photographie Film et autres écrits sur la photographie. (1925), Nîmes, éd. J. Chambon, 1993.
Genette Gérard, Palimpsestes Seuil, 1982.
Jost François, Est ce que tu mèmes ? De la parodie à la pandémie numérique. CNRS éd, 2022.
Krauss Rosalind, « Reinventing Photography » in The Promise of Photography, The DG Bank collection, Prestel-Verlag, Munich, 1998.
Mac Luhan Marshall, Pour comprendre les média : Les prolongements technologiques de l’homme, trad. J. Paré, Seuil, 1977
Mulas Ugo, fotografo 1928-1973, éd. Musée Rath Genève – Fondation Suisse pour la Photographie, 1985.
Pareyson Luigi, Esthétique. Théorie de la formativité. Trad. G.A Tiberghien, éd. Rue d’Ulm/ ENS, coll. Aesthética, 2007.
Whiting, John R, Photography is a langage, NY, ArnoPress, 1979.

Chapitrage

1:13
Photographe plasticienne – historienne - théoricienne
10:51
Appropriations - Mises à distance
17:37
Ré-enactement - Humour
24:00
Tautologie - Doute et Semblance
37:17
Méta-photographie
41:19
Plasticité de la photographie
50:56
Citations et récurrences
53:14
Délégations et références
58:57
Métaphores de la vie d’artiste
01:05:03
Jeu(x) et espace(s) de l’interprétation
01:13:54
Mises en perspectives littéraires
01:16:23
Du « mème » ?

Extraits:

M-D 
 Photographe plasticienne mais aussi théoricienne et historienne de la photographie dans la manière même, que vous avez, d’explorer, d’interroger, d’interpréter, les dits fondamentaux de la photographie… lien avec Ugo Mulas ?
I-L-M
  Le tournant numérique est survenu après ma sortie d’Arles (1996) … peu à peu j’ai cessé de faire des images… j’ai pris la décision de réactiver toutes mes connaissances historiques ou théoriques de la photographie … au moyen de ma pratique artistique… opérer un retournement, utiliser la photo non plus comme un moyen pour représenter le monde mais de penser la photographie en prolongeant à l’ère du numérique, la voie réflexive ouverte dans les années 70 par des artistes comme John Hilliard ou Ugo Mulas [mais en me plaçant] dans un champ plus vaste, je suis convaincue que décloisonner la photo permet mieux d’en comprendre les spécificités…
M-D 
  Il se trouve qu’en préparant notre conversation, je suis tombée sur l’expression « photo interprétation » datant de 1966, et qui désignait l’analyse des photos aériennes … supports avant tout d’interprétation… objets intellectuels et socio politiques … images abstraites.
I-L-M
  Ce que l’on voit sur une image, c’est ce que l’on cherche à voir ou ce que l’on s’attend à voir… pour ma série Darkroomscapes de Sugimoto … l’idée majeure de ma série étant que le regardeur ne voit que ce qu’il croit voir … que notre regard est déterminé par ce que nous savons déjà… il s’agit aussi de montrer que la photo est aussi un leurre… pour en revenir au travail des cristaux d’Alfred Ehrhardt… j’ai voulu tenter d’éprouver la réalité, la vérité de ses représentations…
M-D 
 Presque une démarche tautologique… une mise en perspective… question des supports, rapport de l’image à la sculpture… ouvertures interprétatives socio-économiques [mais aussi] supports, accidents, matériaux…hasard
I-L-M
  Les objets et les matériaux de la photo … avaient un potentiel plastique intéressant…. je m’intéressais aussi beaucoup aux artistes qui explorent l’univers de la musique… des plasticiens de la musique…( Ch Marclay…) parallélisme entre la musique et la photo … ce sont des arts qui s’adressent à tout le monde, qui ont des formes populaires… et qui ont aussi des formes plus érudites … et qui dans leur histoire ont été affectés pareillement… à l’évolution des techniques de reproduction et de diffusion… pour revenir à cette notion de plasticienne de la photographie, mon idée était de prendre comme matériau tout ce qui se rapporte à l’univers de la photo [usages, inventeurs, ingénieurs, matériaux …]… Le hasard.. joue un rôle important, souvent c’est le fait d’associer plusieurs choses qui arrivent de manière fortuite qui va me donner une idée et m’entraîner sur une piste, vers un autre travail..
M-D 
  Mise en perspective à l’égard aussi d’artistes… dont certains ne sont pas photographes… idée aussi de délégation à l’autre…
I-L-M
Règle du jeu fixée au départ…faire référence à l’artiste qui avait compté dans mon parcours… Dans la série « lointain si proche » d’Alighiero Boetti… questionner la mondialisation de l’économie qui touche la fabrication des appareils photo mais aussi la reproduction massive des peintures… évoquer la question de l’aura chez Benjamin…dans «  Yoga Séries » de Baldessari… le retournement était total… dans l’inversion syllabaire du titre (de Goya à Yoga), et dans le signifié, passent de la guerre à des aphorismes tendant à atteindre une certaine paix intérieure.. créer un choc sémantique.. Je pense que ce que je fais relève plus d’un prolongement que d’une interprétation.
M-D 
  Mise en perspective [aussi] avec des théoriciens, essayistes de la photographies «  Formes de vie des formes » … référence à deux ouvrages d’esthétique avec presque 90 ans d’écart (Focillon (1934 – et Bourriaud (2009)… et question de la métaphore avec le ruban de Moebius ?
I-L-M
  Formes de vie des formes… jeu avec le titre de ces deux livres qui déroulent deux conceptions différentes de l’art et le dispositif créé est aussi un dispositif absurde qui crée une forme de tension entre ces deux textes avec allusion au ruban de Moebius… idée de mettre en scène cette espèce d’indécision ou de perte de repère… en tant qu’artiste, on est à la fois dans la production des œuvres - la vie des formes compte autant que l’art comme forme de vie . Ce n’est pas l’un ou l’autre. Les deux coexistent .
M-D 
 >i> L’un des paradoxes autour de la photographe… pas simplement l’interprétation [U.Eco] de la photographie mais sa nécessaire interprétation…. D’un côté : une image vaut mille mots, et de l’autre, une image seule ne dit rien.. place que vous accordez à la nécessité d’interprétation…
I-L-M
 : Je fais en sorte, dans la plupart de mes pièces qu’il y ait plusieurs niveaux d’interprétation et qu’on ait à faire à un mille feuilles sémantiques… ce qui est bien favorisé par le recours à des références mais aussi à des titres soigneusement choisis… mais mes œuvres sont toujours ouvertes … le fait qu’il y ait du jeu [dans mes pièces] crée un espace de liberté.
M-D 
 : « Toute interprétation est, pour chacun, l’œuvre elle-même. ».( L. Pareyson) ?
I-L-M
 : Citation de G. Genette.. (dans Palimpsestes) et le concept d’hypertexte : « l’art de faire du neuf avec du vieux a l’avantage de produire des objets plus complexes et savoureux que des idées produites faites exprès … . dissonance entre les deux éléments.. »   L’œuvre c’est un mille feuille… on est là pour ouvrir des espaces…
M-D 
 : Question de l’obsolescence du médium (R Krauss, fin 90) et question du « mème » et la parodie du numérique (F. Jost 2022)…
I-L-M
 : Cette notion de « mème » fait écho à ma démarche… dans sa dimension de commentaire et mes œuvres sont des commentaires sur des œuvres … et les « mèmes » sont des commentaires sur des images qu’ils déclinent … mais dans mon approche il n’y a pas de répétition pas de déclinaison, pas de propagation et encore moins de viralité.
La dimension matérielle de mes pièces et leur rapport à l’espace en font aussi leur singularité … on n’est pas dans l’espace numérique… Mouvement global de l’art aujourd’hui où mise à distance et ludique interviennent.

Auteur:

Auteure :
Michelle Debat

Critique d’art, membre de l’AICA - France, professeur des universités, théoricienne de la photographie et de l’art contemporain. Elle a notamment publié son autoportrait théorique en photographie et art contemporain, La photographie : essai pour un art indisciplinable. éd. PUV. 2020.

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Série de conversations entre une théoricienne de l’art et un.e artiste contemporain.e


Des podcasts entre livre audio et essai critique

Des conversations entre une théoricienne de l’art et un.e artiste contemporain.e

Des questions, des réflexions, des contradictions… à propos ce qui se fait, de ce qui se montre, de ce qui s’entend et se dit, dans l’art d’aujourd’hui

Des œuvres actuelles d’ici et d’ ailleurs

Bref,

De la voix, du langage, des images… et de la pensée

Tout ce qui accompagne des acte(s) d’art(s) Pour le plus grand nombre de curieux

Michelle Debat – professeur des universités et critique d’art AICA https://epha.univ-paris8.fr


Avec le soutien du laboratoire de recherche AI-AC (Arts des images - Art contemporain) de l’université de Paris 8

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